Ibrahim SOUNTARA, au centre, avec deux autres détenus dans un centre de détention en Libye, juin 2016
Centre de détention, Libye — juin 2016. La personne au milieu, c'est moi, Ibrahim SOUNTARA.

Notre histoire

De la Libye à la création du Prix des Promesses d'Exil

mon histoire, notre mémoire

J'ai eu le malheur — et la chance — de traverser la Libye. Comme beaucoup d'autres, nous avons été dépouillés de tout ce que nous possédions. Nous avons connu l'emprisonnement, le travail forcé, et jusqu'à être vendus comme des marchandises.

J'ai été témoin de scènes que je ne pourrai jamais oublier : deux femmes violées sous nos yeux, une femme sur le point d'accoucher livrée à elle-même, sans la moindre assistance. Cette barbarie a bouleversé mon regard sur le monde.

La traversée de la Méditerranée n'a pas été plus clémente. Nous étions 159 entassés dans une embarcation de fortune. Trois d'entre nous ont perdu la vie sous nos yeux, sans qu'on puisse rien faire.

Je pense à eux. Je pense aussi à toutes celles et ceux qui n'ont pas eu la chance d'arriver, dont les noms se sont perdus quelque part entre le désert et la mer. C'est pour eux, autant que pour nous, que la parole doit être portée.

C'est de cette expérience — et de cette nécessité de dire — qu'est né Le Prix des Promesses d'Exil.

Notre association s'est donné pour mission de recueillir, conserver et diffuser les témoignages des personnes exilées, dans le respect de leur sécurité et de leur dignité. Nous voulons offrir un espace où la parole des survivants peut enfin se libérer, et où la mémoire de ceux qui n'ont pas survécu ne s'efface pas.

Nous menons aussi des actions de sensibilisation et de plaidoyer auprès des pouvoirs publics et des populations concernées, afin d'alerter sur les dangers des parcours migratoires et de lutter contre toutes les formes d'exploitation et de traite d'êtres humains liées à l'exil.

Témoigner, c'est refuser l'oubli.
C'est pour la dignité humaine que nous continuons.

Ibrahim SOUNTARA

Fondateur du Prix des Promesses d'Exil